Le Couvent d’Abbotsford

Profitant du beau temps sur Melbourne et notre envie de découvrir les alentours de la capitale du Victoria, nous avons pris un bus en direction de Abbotsford pour une découverte d’un lieu hors du commun : le Couvent d’Abbotsford.

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Située sur les rives de la Yarra, la ville jouxte celle de Collingwood. Vous savez, Collingwood c’est cet ancien bastion ouvrier qui a connu les plus grands bidonvilles au début du XIXème siècle. Il nous faudra une vingtaine de minutes de bus (200 ou 207) pour nous rendre à Abbotsford. La ville est plate – comme toute la banlieue de Melbourne – et l’accès au couvent est simple depuis l’arrêt de bus.

Sister Act I

En 1863, quatre sœurs irlandaises de la Congrégation de Notre-Dame de la Charité du Bon Pasteur, fondée à Angers (France) sont arrivées sur les lieux et ont décidé d’y établir leurs ordres. Elles occupèrent le site jusqu’en 1975 où elles fournissaient hébergement, formation et travail aux femmes orphelines ou aux pupilles de l’État. Ce travail humaniste n’a pas été sans critique au début des années 2000 car les sœurs avaient parfois la main lourde sur la rigidité voire l’humiliation.

Image illustrative de l'article Congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur

Le couvent pouvait accueillir jusqu’à mille pensionnaires, de l’enfant orphelin aux vieillards esseulés. Chacun était mis à contribution pour la culture du potager, la traite des vaches et la gestion de la porcherie. Ne recevant pas d’aides de l’État, les Sœurs ont développé un service de blanchisserie où chacun devait participer.

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L’institution religieuse a été un point d’ancrage pour toutes les populations de Collingwood, Fitzroy et Abbosford frappées par la crise économique du début des années 1900. On peut bien imaginer la détresse qu’il y a pu avoir dans ces lieux, les hivers difficiles, le désespoir et peut-être parfois un peu de réconfort. Tentons, cela étant dit, de temporiser car de nombreux témoignages ont été apportés sur les mauvais traitements, les agressions et les comportements insidieux. En 2004, la Sœur dirigeante reconnaissait la faute de l’Ordre religieux :

« Nous reconnaissons que pour  de nombreuses femmes, les souvenirs de leur temps passé dans l’institution sont pénibles. Nous sommes profondément désolés des actes de cruauté verbale et physique qui ont eu lieu dans cet établissement. Le fait que nous avons été la cause de cette souffrance nous impose le plus profond regret. »

 

Malgré les brimades et autres sévices dont l’Église a les moindres secrets et habitudes, le lieu aura eu tout de même une vocation sociale et au-delà de la cessation de son activité religieuse. Un lieu de partage, d’échange et de mixité.

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Abbotsford, lieu de culture

Désirant de se défaire de son histoire la plus sombre, le lieu a été transformé au cours des années 70 en fondation culturelle. La Fondation du Couvent d’Abbotsford a obtenu le droit de rénover l’intégralité des bâtiments et de développer des activités culturelles. Le lieu accueille aujourd’hui des artisans, des groupes communautaires, un centre de bien-être, quelques cafés, un restaurant vegé et une boulangerie.

Un agenda riche et varié accumule les rendez-vous culturels et autres festivals :

  • Le marché des fermiers  : une occasion pour passer une matinée au calme à travers des échoppes de produits frais et de saison, bios bien évidemment et où vous pourrez goûter à des produits 100% OZ. Le marché se tient le 4ème samedi de chaque mois entre 8h00 et 13h00.

  • The Shadow Electric Open-air cinema : un cinéma en plein air avec pour seul décor, les esquisses d’une chapelle ou les figures élégantes du couvent. Vous pourrez regarder un classique assis dans une chaise, vous restaurer au food-truck ou boire une bière glacée au bar. Projections entre novembre et mars.

The Shadow Electric Cinema at the Abbotsford Covent

Les lieux accueillent aussi de nombreuses expositions, festivals de musiques etc… En ce moment, par exemple, Noriko Nakamura expose son oeuvre « Erosion » : des rochers creusés et abimés par l’érosion.

Capitaliser Abbotsford

Il est tout à fait possible de participer à l’activité de ce couvent. Plusieurs solutions sont disponibles, aussi bien financières que humaines.

Les lieux sont à louer ! Et oui, vous avez besoin d’une salle pour une conférence de presse ou une réunion professionnelle ? Vous mourrez d’envie de lancer un produit et d’inviter vos employés dans une salle historique ? Vous pensez à louer la salle pour votre prochain séminaire ? Vous pouvez louer un bout d’histoire. Les salles sont en effet mises en location par journée. Comptez 500 dollars pour la journée dans la grande salle d’une capacité de 140 personnes. Au-delà de cet acte pratique, vous participerez à la rénovation et aux autres frais de la Fondation. Cette association n’a pas de but lucratif, il lui faut donc savoir capitaliser ailleurs.

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Et pourquoi ne pas vous marier dans une salle religieuse d’un couvent ? Recevoir vos convives dans un espace sacré et faire une petite séance photo dans un jardin ?

Le Couvent mise sur les donations et les campagnes de fundraising pour améliorer les conditions d’accueil de ses pensionnaires d’un jour. Il est également possible de faire don de soi pour quelques heures. Aussi, quelques volontaires travaillent chaque jour dans l’enceinte du couvent. Plus particulièrement au restaurant ou au café pour faire le service… Les volontaires peuvent être aussi mis à contribution pour faire des visites guidées, pour assister à l’organisation des évènements, aux activités de jardinage ou aux procédures administratives.

Manger à Lentil As Anything

Véritable institution au sein du couvent, ils sont nombreux les clients de ce restaurant participatif. En effet, Lentil as Anything est plus qu’un restaurant. Vous payez ce que vous voulez en prenant en compte la qualité des plats, le service et votre générosité. Les plats servis sont exclusivement végétarien ou végétalien. Vous vous servez comme un buffet et les plats colorés et savoureux vous donnent vite envie! Il existe plusieurs Lentil as Anything à Melbourne et Sydney, le principe est le même !

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On doit l’avouer que nous sommes tombés sous le charme de ce concept et avons adoré nos plats. C’était sain, délicieux et savamment relevé. Tout avait du goût et des saveurs exotiques. Au moment de régler, vous avez le TPE sur lequel vous rentrerez le montant que vous voulez ou une urne pour votre monnaie. Au menu, hier : riz pilaf au potiron masala; une salade noix de coco, pois-chiche et brocoli; une aubergine grillée accompagnée de sa sauce curry et noix de coco; une salade laitue, noix de cajou, et raisins; des poivrons à la tomate, aux olives et au riz brun…

Les menus des déjeuners changent tous les jours : ainsi le lundi vous pourrez goûter des douceurs du Moyen-Orient, le mardi sera placé sous l’optique japonaise, le mercredi (jour où nous avons mangé) fêtera les plats srilankais, le jeudi retour en arrière gréco-italien et le week-end des spécialités surprises!

 

Un mot sur les tables indique que pour rentrer dans leur frais, il leur faudrait environ 15 $ pour un plat copieux et une boisson. Car ils servent aussi des boissons (cafés et thé). Nous avons constaté que peu d’entre nous jouaient le jeu. Certains se servent des assiettes tellement indécentes ou se resservent une ou plusieurs fois. Et dans ces cas-là, il est où l’intérêt de continuer cette expérience ?

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Un carton rouge pour la clientèle !

Car si le lieu est atypique, il est connu majoritairement par une clientèle baba-cool (comme on dirait en 70!), ou babos, babz, babtou … Ces purs produits luttant contre la société de consommation, se promenant pieds-nus (true story!) et guitare à la main (true story bis!) et crachant sur le profit mais qui ne perdaient pas une miette pour profiter d’une double ou triple assiette. A quel point pouvons-nous être autant stéréotypés? D’ailleurs, la deuxième et troisième assiette n’étaient pas payées, ils doivent peut être considérer leur don de 5 $ (true story bis bis!) comme large et suffisante.

Alors oui, c’est un lieu où chacun participe à la hauteur de ses moyens, mais bon sang de bois ! Personne n’avait l’air d’être à la rue pourtant. Il est aussi assez fou de constater qu’un babos italien possède les mêmes codes comportementaux et vestimentaires que son congénère français ou allemands. Il y aurait donc une copie génétique ?

Nous cherchons la petite bête mais nous avons été choqués de voir le monticule alimentaire dans certaines assiettes, et la pratique de ces crève-la-faim. Nous étions très raisonnables dans nos quantités et avons essayé de participer à la hauteur du monticule.

Bon, ils ont terminé le repas dans l’herbe à jouer de la guitare et faire quelques jeux de boules. Vous savez la boule en verre qui glisse le long de leurs bras ?

Dans tous les cas, nous conseillons l’endroit car il est paisible et délicieux. Il peut se coupler avec la visite de la Ferme des animaux située juste à côté du couvent ou encore une balade à vélo sur le Yarra Trail. Les jardins sont petits mais assez ombragés pour se reposer à l’écart de l’agitation de Melbourne.

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Informations pratiques

Ouverture : Accès au couvent entre 7h30 et 22h00 (tous les jours)

Accès :

  • Bus 200 et 207 – Arrêt Johnston – Clarke Street
  • Tram : 12 – 48 – 109 – Arrêt Victoria Street – Nicholson Street (Abbotsford) – 20 mns de marche
  • Train : Arrêt Victoria Park Station et bus 270

 

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